Au cours des quatre dernières décennies, le problème de l’eau est devenu une préoccupation majeure pour les hautes autorités du pays. L’Algérie, avec ses potentialités globales en eau estimées à 17 milliards de m3, soit 600 m3/habitant/an, est placée selon l’Organisation Mondiale de la Santé parmi les pays qui vivent un stress hydrique. Ce stress est dû à plusieurs facteurs : la récurrence des périodes de sécheresse devenant de plus en plus longues, les disparités entre les zones urbaines et rurales, la répartition inégale des ressources en eau dans les différentes régions du pays, l’accroissement de la population, l’augmentation de la pollution et les effets de l’érosion dans les bassins versants. Ces facteurs ont déstabilisé l’équilibre déjà précaire du milieu environnemental.

Pour contrecarrer cette pénurie en eau, les hautes autorités du pays ont adopté à partir de 2002 une stratégie globale permettant une mobilisation croissante en eau malgré les variations climatiques, incluant le recours au dessalement de l’eau de mer pour satisfaire exclusivement les demandes domestiques et industrielles de la bande côtière et des régions avoisinantes. Cette stratégie s’est traduite par la mise en œuvre d’un programme de dessalement d’eau de mer d’une capacité totale avoisinant les 2.3 millions de m3/jour à l’horizon 2022. Un chiffre qui est appelé à atteindre les 2.5 millions de m3/jour à court terme.

En réalité, le programme mis en place se base uniquement sur une source d’énergie fossile alors que la technologie de dessalement est énergivore. Aussi, dans le souci d’assurer la pérennité de cette ressource en eau dite non-conventionnelle et préserver la source d’énergie privilégiée qu’est le gaz naturel, il a été jugé nécessaire et indispensable d’engager des études prospectives en faisant appel à d’autres sources d’énergie telles : les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire.

Actuellement, un regain d’intérêt mondial est porté pour les réacteurs de petite et moyenne puissances : Small & Medium Reactor – SMR, qui peuvent intéresser particulièrement les pays ayant un réseau de distribution électrique moyennement développé et la facilité de leur introduction dans le dit réseau. Ces réacteurs fonctionnant en mode cogénération peuvent répondre favorablement et aux demandes en eau et en électricité exprimées simultanément. Le principal objectif fixé par l’Agence Internationale à l’Energie Atomique : AIEA est la production d’eau douce au moyen du dessalement nucléaire à un coût socialement acceptable.

Le nucléaire se présente aujourd’hui comme une alternative envisageable. Il est même considéré comme une solution très attractive conduisant à un faible coût d’eau produite grâce au développement et la maîtrise technologique atteinte. Plusieurs unités de démonstration ont vu le jour ce qui a permis d’acquérir un savoir-faire indéniable. L’expérience cumulée dans ce domaine est estimée à plus de 250 années-réacteurs. Les études engagées dans ce domaine, surtout depuis l’organisation du 1er symposium international sur le dessalement nucléaire tenu à Deajeon en Corée du Sud en mai 1997 ont permis le développement d’outils et codes depuis validés et désormais incontournables pour la conduite des études de faisabilité.

En Algérie, les activités de recherche et développement dédiées au dessalement nucléaire ont été initiées dès 1991 notamment à travers la participation de notre institution au projet de coopération régional RAF/4/010. Cette participation a été sanctionnée par une étude de faisabilité technico-économique de dessalement de l’eau de mer faisant appel à deux sources d’énergie nucléaire et fossile, dédiée spécifiquement au site La Macta/Oran qualifié alors comme étant un site nucléaire selon des études réalisées antérieurement.

Durant le biennal 1997-1998, l’institution a participé au projet de coopération régional RAF/4/013 où la communauté scientifique a bénéficié de la connaissance des développements de l’époque dans le domaine de dessalement nucléaire, par le biais de la participation aux différents workshops dédiés à la présentation et l’exploitation des versions de progiciel dédié à l’étude de préfaisabilité qui était en phase de développement.

En 2005, une étude technico-économique de dessalement de l’eau de mer au moyen de l’énergie nucléaire a été initiée par la Direction Générale de l’Energie du Ministère de l’Energie & des Mines en coopération avec l’AIEA. Son objectif était la réalisation d’une étude de préfaisabilité de dessalement nucléaire sur un site Algérien. Cette étude représente un des documents d’aide à la décision de l’introduction de l’électronucléaire. La phase préliminaire de l’étude a été réalisée durant la période 2007-2009 par le potentiel chercheur de notre institution en collaboration avec le personnel technique de l’Algerian Energy Company où le projet était domicilié. Dans cette étude deux sites potentiels ont été retenus.

En 2010, dans le souci d’enrichir la base de données technico-économiques des systèmes intégrés de dessalement nucléaire spécifiques aux sites situés dans le bassin méditerranéen selon les recommandations de l’AIEA, notre institution a introduit un projet de recherche coordonné portant sur l’étude d’optimisation de couplage entre réacteurs nucléaires et systèmes de dessalement pour un site potentiel situé près de la zone industrielle de Skikda. Ce projet s’est étalé sur la période 2010-2012.

Les résultats des études engagées dans le domaine du dessalement nucléaire à l’échelle nationale ont été valorisés sous forme de rapports internes, de publications et de communications présentées dans différentes manifestations scientifiques de rang international et national.

Le COMENA continue à mener des activités de veille technologique dans le domaine des systèmes intégrés de dessalement nucléaire, la mise-à-jour des chiffres relatifs aux besoin en eau. l’actualisation de données spécifiques à des sites potentiels pouvant accueillir de tels installations et ce par le biais d’une équipe pluridisciplinaire qui a aujourd’hui la capacité d’accompagner les principales étapes d’une étude de faisabilité technico-économique.